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  le blog bertysblog

Souvenir

19 Avril 2007, 20:45pm

Publié par Berty

En lisant que la comédie musicale Cabaret était l’un des spectacles les plus souvent nommés pour les prochains Molière, je me suis souvenu de l’une des représentations les plus poignantes à laquelle il m’a été donné d’assister.

C’était à Strasbourg, il y a une vingtaine d’année. Cette production de Cabaret, mise en scène par Jérôme Savary, avait connu un immense succès à Paris.
La scène que je n’oublierais jamais est celle de l’air “Tomorrow belongs to me“.
L’action de Cabaret se déroule à Berlin, dans les années 30. Le décor de la scène que j’évoque ici représente une place, un magasin dans le fond… Arrive un personnage étonnant, un adulte mais vêtu d’un costume de marin comme en portaient parfois les enfants à cette époque, ses gestes, ses expressions sont ceux d’un enfant… Il vient s’assoire en bord de scène et commence à chanter d’une petite voix enfantine. Derrière lui, la foule se promène tranquillement sur la place. Sur le moment, personne ne prête vraiment attention à cette foule, les spectateurs se focalisant sur le chanteur. Personne ne réalise que petit à petit tout ce petit monde se dirige vers le chanteur, que la plupart d’entre eux se tiennent le bras gauche…Le rythme change insensiblement devenant un peu plus martial, là encore, personne n’y prend garde. Soudain surgit un petit groupe qui vient tagger la vitrine du magasin de croix gammées…La foule est maintenant alignée derrière le chanteur. L’un après l’autre, les différents personnages qui la composent joignent leur voix à la sienne en laissant retomber la main qui tenait leur bras gauche révélant un brassard nazi. Le rythme est maintenant celui d’une marche, celle qu’interprète une fanfare qui entre sur scène et à mesure qu’elle avance, un immense drapeau nazi se déploie en fond de scène. La foule est maintenant face au public, bras tendu pendant que descendent lentement deux autres drapeaux sur les loges d’avant-scène. Changement radical d’atmosphère, les paroles prennent un tout autre sens. Personne ne s’en est vraiment rendu compte. La chanson s’achève dans un silence impressionnant, l’atmosphère est pesante.

Jamais la lente, mais irrésistible ascension du nazisme n’a été rendue avec une telle force. Et le plus effrayant est de constater que cela s’est fait avec un tel naturel que personne n’a rien vu venir… Une très grande leçon, j’ai ai encore des frissons !

La même scène, dans le film qui a été tiré de la comédie musicale, est loin d’avoir cet impact.

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