Dans quelques mois (le 7 juin, pour être précis) nous allons être appelés à élire nos députés européens. L'Europe reste superbement ignorée par les grands
médias français : des chefs d'état viennent régulièrement s'exprimer devant le Parlement Européen à Strasbourg, les deux tiers de nos lois sont d'origine européenne et pourtant... Pas un mot dans
la presse.
Et nous, que connaissons-nous de nos voisins ? Voici une bonne occasion pour s'intéresser un peu à eux. Et comme mon propos ici est essentiellement musical, j'ai choisi de parler de leurs hymnes.
Et pour débuter cette série, intéressons nous au Royaume-Uni.
Commençons par mettre tout de suite les choses au point : "God save the Queen" n'est pas "légalement" l'hymne national du Royaume-UniUni. Ce chant est utilisé en Grande-Bretagne par tradition, mais
n'a jamais été fait hymne national ni par une loi du Parlement, ni par proclamation royale.
Autre point important, il n'est pas figé : la version actuelle n'est que transitoire, elle cédera la place au "God save the King" à l'avènement du futur roi.
Cela est d'ailleurs précisé sur le site du gouvernement britannique :
"God Save The King" was a patriotic song first publicly performed in London in 1745, which
came to be known as the National Anthem at the beginning of the nineteenth century. There is no authorised version of the National Anthem as the words are a matter of tradition.
The words used today are those sung in 1745, substituting "Queen" for "King" where appropriate. On official occasions, only the first verse is usually sung.
Ce chant patriotique, d'auteur et de compositeur inconnus, a été joué pour la première fois à Londres (Angleterre) en 1745. La première édition définitive de l'air actuel est apparue en 1744 dans
Thesaurus Musicus.
Auteur et compositeur inconnus ?
Il y a bien quelques pistes...
En fait, plusieurs versions s'affrontent.
Plusieurs airs analogues plus anciens ont été trouvés dans un manuscrit de 1619 attribué au Dr John Bull, organiste de la Chapelle royale pendant le règne de Jacques Ier. Dans le même cahier, on
trouve un chant intitulé "God Save the King", mais la musique en est différente.
Les Écossais soutiennent que la pièce est inspirée d'un vieux cantique de 1611 intitulé "Remembrer O thou Man" ou encore de "Franklyn is fled away", de 1669.
On l'a aussi rapprochée d'une oeuvre de 1696 de Purcell. D'autres sources l'attribuent à Arne, le compositeur du Rule Britannia.
La version la plus crédible, semble être celle de "l'emprunt" à un air de Lully. L'histoire de cet air est amusante : Louis XIV avait subi une délicate opération à la fesse et s'en était fort bien
remis. La supérieure de l'Ecole des Demoiselles de Saint-Cyr écrivit un poème pour remercier Dieu d'avoir ainsi permis cette royale guérison. Le texte plut au roi qui demanda à Lully de le mettre
en musique. Et c'est ainsi qu'à chaque visite du roi à l'institution fondée par Madame de Maintenon, les jeunes pensionnaires chantaient cette mélodie.
Dans "Souvenir", la Marquise de Créquy évoque cette origine française de l'hymne, entendu à Saint-Cyr
…une sorte de motet, ou plutôt de cantique national et glorieux, dont les paroles étaient de Mme de Brinon et la musique du fameux Lully. En voici les paroles que
je me suis procurées long-temps après :
Grand Dieu, sauvez le Roi !
Grand Dieu, vengez le Roi !
Vive le Roi !
Qu'à jamais glorieux,
Louis victorieux
Voye ses ennemis
Toujours soumis !
Grand Dieu, sauvez le Roi !
Grand Dieu, vengez le Roi !
Vive le Roi !
Pour peu que vous en eussiez de la curiosité, vous n'auriez pas de peine à vous en procurer la musique, attendu qu'un Allemand, nommé Handel, s'en est emparé pendant son voyage à Paris, qu'il en a
fait hommage au Roi Georges de Hanovre moyennant finance, et que MM. les Anglais ont fini par l'adopter et le produire ouvertement un de leurs airs nationaux
Cette version est confirmée dans les mémoires manuscrites de la Duchesse de Perthe :
«
Lorsque le Roy Très-Chrétien entrait dans la chapelle, tout le choeur desdites Demoiselles y chantoient à chaque fois les parolles suyvantes, et sur un très-bel
ayr du sieur de Lully [qui était italien] » suit le texte, identique à celui ci-dessus.
Relatant la vente de ces mémoires, le journal "La Mode"du 25 juillet 1851 précise que : «
La tradition de Saint-Cyr portait que le compositeur Handel, pendant sa
visite à la supérieure de cette maison royale, avait demandé et obtenu la permission de copier l'air et les paroles de cette invocation gallicane, qu'il aurait ensuite offerte au Roi Georges 1er
comme étant de sa composition. »
Une déclaration, signée par trois religieuses de Saint-Cyr, confirme cette thèse.
Traduit en de nombreuses langues, ce chant a longtemps été un hymne au souverain. Cela a été le cas en France, bien sûr, mais également en Prusse, au Danemark, en Russie...
La mélodie est également celle de "Oben am jungen Rhein", l'hymne du Liechtenstein et a été celle de "O monts indépendants", l'hymne suisse jusqu'au début des années 60 (le 1er avril 1981 "le
cantique suisse" est devenu définitivement l'hymne de la Confédération après avoirs été utilisé officieusement à partir de 1961, puis à titre provisoire à compter de 1965).
Le texte original
God save our gracious Queen
Long live our noble Queen,
God save the Queen:
Send her victorious,
Happy and glorious,
Long to reign over us:
God save the Queen.
O Lord, our God, arise,
Scatter thine enemies,
And make them fall:
Confound their politics,
Frustrate their knavish tricks,
On thee our hopes we fix:
God save us all.
Thy choicest gifts in store,
On her be pleased to pour;
Long may she reign:
May she defend our laws,
And ever give us cause
To sing with heart and voice
God save the Queen.
Au Canada
Le "Dieu protège la Reine" n'a pas de statut légal au Canada, même s'il est considéré comme l'hymne royal devant être joué en présence d'un membre de la Famille royale ou comme partie du salut
accordé au gouverneur général et aux lieutenants-gouverneurs.
Dieu protège la reine
De sa main souveraine!
Vive la reine!
Qu'un règne glorieux,
Long et victorieux
Rende son peuple heureux.
Vive la reine!
(source : Patrimoine canadien)
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